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Pourquoi ce cycle ?

  • 19 juin
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 25 juin

Agir chacun à son niveau ! Agir ensemble dans la même direction.


Je suis devenu père en 2011. Et une question s'est imposée, qui n'avait jamais quitté les autres mais qui, pour Taïno, mon fils, devenait soudain ma question essentielle : dans quel monde va-t-il grandir et vivre ?

J'avais des idées et visions en tête, et elles n'étaient pas rassurantes. Cette question — couler ou renaître ? — n'était pas encore formulée ainsi. Elle le deviendra grâce à ma rencontre avec l'Association Le Temps du vent et son président, François Rouzé, dans laquelle je suis impliqué depuis 2024.

Après avoir travaillé sur la digitalisation d'Arcelor et tant appris sur les projets complexes et les méthodes agiles, j'avais passé dix ans en ONG urgentistes — Médecins Sans Frontières, Action contre la Faim, Solidarités International — à courir d'une crise à l'autre, d'un séisme à un ouragan, d'une famine à une épidémie.

Ce métier m'a appris ce que la souffrance fait aux peuples, et ce que l'absence de prévention coûte en vies — parfois des centaines de milliers comme en Haïti — et en argent — sept fois plus cher de gérer une catastrophe que d'investir pour l'éviter.

Racines de mangrove entre roche et mer turquoise au coucher de soleil caribéen — Genèse personnelle, Épisode 00, Série Les briques d'un avenir désirable, CAP2030
Se transformer pour un avenir désirable.

Je ne voulais plus passer le reste de ma vie à gérer des catastrophes. J'avais compris assez de choses sur les causes et les enchaînements pour vouloir travailler en amont. 

C'est ainsi qu'est née CAP2030, en 2016, en Guadeloupe inspiré par mon parcours, des rencontres et des livres : penser le développement autrement, en alliance avec celles et ceux qui, en Caraïbe et ailleurs, s'y attellent déjà.

Un monde qui dégèle — mais pourquoi ce cycle maintenant ?

Ce que je voyais sur le terrain n'était pas une crise de plus. Rarement, dans l'histoire récente, les enjeux n'ont été aussi nombreux, élevés et complexes.

Les prospectivistes parlent de Grande Transition, d'une ampleur comparable au passage du nomadisme à la sédentarité. Dérèglements climatiques, effondrement de la biodiversité, raréfaction des ressources, tensions socio-économiques, éco-anxiété qui touche les enfants comme les adultes. Propagande, désinformation, mensonges (fake) renforcés par la modification voire création de faux —  écrits, audios, photos, vidéos — difficiles à détecter.

Les crises ne se succèdent plus, elles s'empilent

On ne parle déjà plus de crise, mais de polycrise, voire de permacrise : un état permanent d'instabilité. 

Le monde n'a jamais été aussi VICA Volatil, Incertain, Complexe, Ambigu (VUCA en anglais). Les repères d'hier ne protègent plus. La performance ne rassure plus, la croissance ne tient plus ses promesses, l'avenir ne se prolonge plus mécaniquement depuis le passé.

Paysage en trois temps — glace fracturée, ruisseau vif et végétation florissante — illustration du modèle de changement de Kurt Lewin, Épisode 00, CAP2030
Du gel au dégel, un ruisseau à traverser.

Kurt Lewin, l'un des fondateurs de la psychologie sociale, décrivait tout changement en trois temps : le dégel, le mouvement, puis le regel — ce moment où la nouvelle manière de faire se stabilise et ne revient plus en arrière.

Nous sommes dans le mouvement. Le monde ancien craque sans encore lâcher, le monde nouveau peine à s'imposer. Et entre les deux, beaucoup ressentent une fatigue diffuse, une éco-anxiété, un sentiment d'impuissance face à des crises qui s'enchaînent. 

Ce n'est pas une faiblesse personnelle. C'est la signature même du moment historique. C'est précisément là que se joue tout : dans les mouvements qu'on engage, ou qu'on amplifie, pour basculer.

Le coût des silos

Une grande partie de notre paralysie collective vient d'une réalité simple : nos sphères se sont trop cloisonnées.

Plateau-îles tropicaux séparés par des abîmes — fragmentation et isolement comme portrait du coût des silos, Épisode 00, Série Les briques d'un avenir désirable, CAP2030
Se séparer, c'est se mettre en danger.

L'Homme s'est séparé de la Nature comme s'il pouvait s'en passer. La recherche s'est éloignée de l'industrie qui produit, et l'industrie de la recherche qui sait.

L'économie a coupé les ponts avec l'écologie — alors que les deux mots viennent du même grec oikos, la maison : « gestion du domaine familial » pour l'une, « science de l'habitat » pour l'autre.


Les grands groupes ignorent les TPE et les associations qui inventent, fabriquent, tissent, aident au plus près du terrain, des gens ; les pouvoirs publics et le privé se regardent en chiens de faïence ; au sein même de nos organisations, les services défendent leurs périmètres plus qu'ils ne coopèrent.

Même certaines Associations d’accord sur le fond s’écharpent sur des détails, se divisent et laissent le champ libre aux semeurs de peurs et de divisions.

Ces fragmentations nous coûtent cher. Aucune crise contemporaine n'est résolue par une seule discipline, un seul acteur, un seul secteur. Aucune. Et pourtant nous continuons de penser en silos, parce que c'est ainsi qu'on nous a appris à organiser le savoir et le pouvoir.

Casser les silos. Créer des alliances à 360°

C'est de ce constat qu'est née cette série.

Dix-huit briques pour partager ce que nous avons exploré, testé et appris — au sein de start-up, de grands groupes, de dix années en ONG urgentistes à travers le monde, puis depuis 2016 en Guadeloupe et dans la Caraïbe avec CAP2030, au cœur et auprès d'associations, de TPE, d'institutions et de collectivités.

Les erreurs et les succès nous ont affûtés et convaincus d'une vérité entendue au bord d'une rivière dans la Drôme, dite par un inconnu dont je n'ai jamais su le nom.

« Mieux vaut être imparfait dans la bonne direction que parfaitement dans la mauvaise. »

Nos expériences et rencontres nous ont permis de créer des processus et outils, de tisser des liens avec des experts divers, en Guadeloupe et dans le Monde, pour penser et accompagner, avec efficience, élégance et pertinence, des innovations robustes, résilientes et régénératives.

Ce que nous proposons tient en quatre mots, devenus notre fil rouge : casser les silos, créer des alliances à 360°

Nœud lumineux de racines entrelacées au cœur d'une forêt tropicale — Alliances à 360°, Épisode 00, Série Les briques d'un avenir désirable, CAP2030
Seul on va plus vite. Ensemble, on est plus fort.

Casser les silos, parce que les murs entre disciplines, entre métiers, entre acteurs ne nous protègent pas — ils nous empêchent de voir ce que nous avons en commun et nous épuisent à défendre des forteresses vides. 

Créer des alliances à 360°, parce que le vivant ne fonctionne pas autrement : tout y est lié, tout y coopère, tout s'y soutient.

Les personnes et organisations citées dans la série sont toutes des références sur leur sujet. La plupart sont des partenaires de CAP2030, parce que nous partageons les mêmes analyses, les mêmes aspirations — contribuer à ce que le Meilleur soit à venir — et les mêmes règles du jeu : humilité, honnêteté, rigueur scientifique, sens du travail et de l'engagement. Personne, aucune organisation, n'a les réponses à tout.

La coopération et le respect des autres sont, et resteront, au cœur de notre raison d'être.

C'est d'ailleurs de ces constats et avec cette même intentions et ces règles du jeu qu'est né le cycle de conférences « Si bato pa rivé, ka nou ka fè ? », que nous pilotons avec l'Université des Antilles et des partenaires institutionnels, privés et associatifs.

« Ansanm, ansanm nou ka konstwi on Gwadloup ki doubout ! » « Ensemble, nous bâtissons une Guadeloupe qui se tient debout ! »

Couler ou renaître ?

C'est la question et le pourquoi de ce cycle. La série suit une logique progressive. Elle s'ouvre sur un teaser un peu inattendu — le blob, organisme sans cerveau qui résout des problèmes complexes mieux et plus vite que les meilleurs ingénieurs. 

Elle posera ensuite les grandes distinctions qui structurent tout le reste, explorera des méthodes et des pratiques déjà à l'œuvre sur le terrain, et se refermera sur la question qui, en partie, l'a déclenchée après un débat animé, l'Intelligence « artificielle »  — une fois toutes les autres clefs partagées.

Terre craquelée sous orage à gauche, mangrove caribéenne en lumière dorée à droite — la tension entre effondrement et renaissance, Épisode 00, Série Les briques d'un avenir désirable, CAP2030
Couler ou renaître - le choix nous appartient.

Couler, c'est continuer à faire comme avant — empiler les performances, défendre les silos, prôner la compétition et les bénéfices court-termistes avant tout le reste, et parier que les crises passeront, que les risques s'atténueront, par magie.

Renaître, c'est accepter que le monde ancien ne reviendra pas, et choisir d'investir dans ce qui se construit. Pas en grand sauveur — il n'y en a pas. Agir chacun à son niveau, dans son métier, dans son territoire, dans sa famille. Et agir ensemble, dans la même direction.

Le voyage commence maintenant. Première escale : un organisme jaune vif, étrange, sans cerveau ni système nerveux — vieux d'un milliard d'années — et qui a peut-être plus à nous apprendre sur l'avenir que bien des stratégies d'entreprise.

« Face à un monde qui change, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement. » Francis Blanche

Commentez, critiquez, partagez. Sans modération, avec comme seule règle de jouer la balle (le sujet), et non le joueur.

L'idée est qu'on soit coéquipiers et donc coopératifs et solidaires.

Frottons nos cerveaux pour, comme les blob, augmenter, Ensemble, nos connaissances, nos compétences et donc nos capacités.

Nicolas Méron

Fondateur de CAP2030

Conseil en Innovations robustes, résilientes et régénératives — en Guadeloupe, dans la Caraïbe et au-delà.

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