Pourquoi ce cycle ?
Dernière mise à jour : 16 oct.
Agir, chacune et chacun, à son niveau !
Agir Ensemble, dans la même direction !
Je suis devenu père en 2011. Et une question s'est imposée, qui n'avait jamais quitté les autres mais qui, pour Taïno, mon fils, devenait soudain ma question essentielle : dans quel monde va-t-il grandir et vivre ?
J'avais des idées et visions en tête, et elles n'étaient pas rassurantes. Cette question — couler ou renaître ? — n'était pas encore formulée ainsi. Elle le deviendra grâce à la rencontre, puis à plusieurs coopérations, avec l'Association Le Temps du vent, présidée par François Rouzé, armateur de Samsara, un vieux gréement, et capitaine de la Compagnie Navire-monde.
Une conviction, elle, m'accompagnait depuis plus longtemps.
En 2001, mon mémoire d'école d'ingénieur portait sur une plateforme de formation en ligne. Son sous-titre tenait en une phrase.
« La connaissance ne vaut que si elle est partagée. »
Vingt-cinq ans plus tard, cette série en est la suite logique : ce que j'ai appris, je le partage, je le mets en commun.
Après avoir travaillé sur la digitalisation d'Usinor, devenu Arcelor, et tant appris sur les projets complexes et les méthodes agiles, j'ai passé dix ans en ONG urgentistes — Médecins Sans Frontières, Action contre la Faim, Solidarités International — à courir d'une crise à l'autre, d'un séisme à un ouragan, d'une famine à une épidémie.
Ce métier m'a appris ce que la souffrance fait aux peuples, et ce que l'absence de prévention coûte en vies — parfois des centaines de milliers comme en Haïti — et en argent : selon la Banque mondiale et les Nations unies, chaque dollar investi dans la prévention et la réduction des risques en épargne entre quatre et quinze, selon les risques et les mesures prises.
Je ne voulais plus passer le reste de ma vie à gérer des catastrophes. J'avais compris assez de choses, jamais tout, sur les causes et les enchaînements pour vouloir travailler en amont.
C'est ainsi qu'est née CAP2030, le 24 novembre 2016, en Guadeloupe, inspirée par mon parcours, mes expériences, des rencontres, des échanges et des livres : penser le développement autrement, en alliance avec celles et ceux qui, en Caraïbe et ailleurs, s'y attellent déjà.

Un monde qui bascule. Pourquoi ce cycle maintenant ?
Ce que je voyais sur le terrain n'était pas une crise de plus. Rarement, dans l'histoire récente, les enjeux ont été aussi nombreux, élevés et complexes.
Des prospectivistes, à commencer par Fabienne Goux-Baudiment (proGective), qui m'a ouvert les yeux sur ces questions, parlent de Grande Transition, d'une ampleur comparable au passage du nomadisme à la sédentarité il y a 10 000 ans environ.
Dérèglements climatiques, effondrement de la biodiversité, raréfaction des ressources, cyberattaques contre des services essentiels, tensions socio-économiques, éco-anxiété qui touche les enfants comme les adultes.
Propagande, manipulation des élections, désinformation et faux (fake) de plus en plus difficiles à détecter : écrits, audios, photos, vidéos.
Les crises ne se succèdent plus, elles s'empilent
On ne parle déjà plus de crise, mais de polycrise, voire de permacrise : un état permanent d'instabilité.
Le monde n'a peut-être jamais été aussi VICA — Volatil, Incertain, Complexe, Ambigu (VUCA en anglais). Les repères d'hier ne protègent plus. La performance ne rassure plus, la croissance ne tient plus ses promesses, les modèles classiques de planification économique s'enrayent.
L'avenir ne se prolonge plus mécaniquement depuis le passé. Il nous faut nous réinventer.
Kurt Lewin, l'un des fondateurs de la psychologie sociale, décrivait tout changement en trois temps : le dégel, le mouvement, puis le regel — ce moment où la nouvelle manière de faire se stabilise et ne revient plus en arrière.
Nous sommes dans le mouvement. Le monde ancien craque sans encore lâcher, le monde nouveau peine à s'imposer. Et entre les deux, beaucoup ressentent une fatigue diffuse, une éco-anxiété, un sentiment d'impuissance face à des crises qui s'enchaînent.

Ce n'est pas une faiblesse personnelle. C'est la signature même du moment historique.
La bascule a commencé, mais certaines forces de l'ancien monde la freinent. Tout se joue dans les mouvements qu'on engage, qu'on maintient et amplifie, pour la mener à son terme.
Trois lunettes, avant d'embarquer
Trois notions suffisent pour lire la suite avec les bonnes lunettes. Elles doivent beaucoup à Donella Meadows, l'une des grandes voix de la pensée systémique.
On nous apprend à lire, à écrire, à compter. Rarement à penser en systèmes, et moins encore à habiter la Terre en en prenant soin.
Les 18 briques qui suivent décrivent toutes, chacune à sa façon, des systèmes vivants : une forêt, une économie, un territoire, une organisation.
Les stocks et les flux.
Une nappe d'eau, un sol fertile, la confiance dans une équipe : des stocks, longs à constituer, parfois rapides à vider. Beaucoup de nos indicateurs ne mesurent que des flux, ce qui entre et sort cette année, et restent aveugles à l'état du stock. On peut afficher d'excellents flux au moment précis où le stock s'effondre, et un stock effondré met parfois des générations à se reconstituer, quand il se reconstitue.
Les boucles de rétroaction.
Dans un système, les effets reviennent, parfois instantanément, souvent en décalage. Un sol qu'on épuise nourrit encore quelques saisons avant de rendre les armes ; une équipe qu'on presse tient quelques trimestres ; le climat, lui, compte en décennies et en siècles : le CO₂ émis aujourd'hui pèsera bien après nous, et la mer continuera de monter longtemps après que nous aurons cessé d'émettre.
Ce décalage entre la cause et la facture rend certaines trajectoires trompeuses : tout semble aller bien, jusqu'à ce que plus rien n'aille.
Les emboîtements.

L'économie vit à l'intérieur de la société, qui vit à l'intérieur de la biosphère. Jamais l'inverse.
Ce simple ordre change beaucoup de raisonnements : on ne s'affranchit pas du niveau dont on dépend. On le respecte, ou il se rappelle à nous.
La pandémie de Covid-19 l'a montré. Quelle que soit l'origine exacte du virus, encore débattue, des zoonoses, ces maladies qui passent de l'animal à l'humain, émergent plus souvent là où les milieux naturels se dégradent.
Ce virus a mis des sociétés entières à l'arrêt, et l'économie mondiale s'est figée avec elles : le vivant d'abord, puis les humains, puis l'économie.
L'ordre des choses, rendu visible en quelques semaines.
Ces trois notions dessinent aussi la carte du voyage.
Les stocks disent quoi surveiller : la permacomptabilité (brique #05) en fera une grille de mesure à huit capitaux.
Les boucles disent pourquoi agir avant la facture : la prospective (brique #06) en fera une méthode.
L'emboîtement dit dans quoi nous jouons : le FSSD (brique #07) en fera un cadre d'analyse et de décision.
Trois briques, trois rôles, un seul système. Encore faut-il regarder le système en entier, et c'est précisément ce que nos approches trop souvent en silos nous empêchent de faire.
Le coût des silos
Une grande partie de notre paralysie collective vient d'une réalité simple : nos sphères se sont trop cloisonnées.
La plus ancienne de ces séparations est aussi la plus profonde : doucement mais sûrement, nous, humains, nous sommes séparés de la Nature, comme si nous pouvions nous en passer, comme si nous n'en faisions pas partie.

≈ −10 000 ans · Domestiquer. Du nomadisme à la sédentarité : avec l'agriculture, une première frontière se trace entre le sauvage et le cultivé, même si l'humain garde sa relation intime avec la Nature.
1637 · Maîtriser. René Descartes invite à nous rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature » : le vivant devient un objet que l'on mesure.
XVIIe–XIXe siècles · Exploiter. Des Amériques à l'Asie, les plantations réduisent terres, forêts et êtres humains à des ressources. Des chercheurs comme Malcom Ferdinand (Une écologie décoloniale, 2019) montrent que cette manière d'« habiter » la Terre pèse encore sur nos choix.
XIXe–XXIe siècles · Industrialiser. Usines, villes, extraction massive ; dans le même temps, les savoirs se découpent en disciplines qui se parlent de moins en moins.
Aujourd'hui et demain · Renouer ? Biomimétisme, agroécologie, droits de la Nature : des ponts se reconstruisent, avec le vivant comme allié.
D'autres cloisons ont suivi.
La recherche s'est souvent éloignée de l'industrie qui produit ; l'industrie, de la recherche qui sait, et qui sait aussi reconnaître ce qu'elle ignore, et alerter.
L'économie a coupé les ponts avec l'écologie — alors que les deux viennent du même mot grec οἶκος (oikos), la maison, le patrimoine : « gestion du domaine familial » pour l'une, « science de l'habitat » pour l'autre.
Les grands groupes sous-estiment encore trop souvent les TPE et les Associations qui inventent, fabriquent, tissent, aident au plus près du terrain, des gens.
Les pouvoirs publics et le privé ont tendance à se regarder en chiens de faïence.
Au sein même des organisations, les services défendent leurs périmètres au lieu de coopérer, de travailler en symbiose.
Même certaines associations d'accord sur le fond s'écharpent sur des détails, se divisent et laissent le champ libre aux semeurs de peurs et de divisions.
Ces fragmentations nous coûtent cher.
Quelle crise contemporaine peut être résolue par une seule discipline, un seul acteur, un seul secteur ?
Et pourtant nous continuons encore trop souvent à penser et agir en silos, parce que c'est ainsi qu'on nous a appris à organiser le savoir, et le pouvoir.

Casser les silos. Créer des alliances à 360°
C'est de ce constat qu'est née cette série.
Dix-huit briques pour partager ce que j'ai exploré, testé et appris — au sein de start-up et de grands groupes, pendant dix années en ONG urgentistes à travers le monde, puis, depuis 2016 en Guadeloupe et dans la Caraïbe avec CAP2030, au cœur et aux côtés d'associations, de TPE, d'institutions et de collectivités.
Les erreurs et les succès m'ont affûté et convaincu d'une vérité entendue au bord d'une rivière dans la Drôme…
« Mieux vaut être imparfait dans la bonne direction que parfaitement dans la mauvaise. »
Ces expériences et ces rencontres m'ont permis de comprendre, et aussi de créer, des processus et des outils, de tisser des liens avec des experts divers, en Guadeloupe et dans le monde. Ensemble, nous pensons et accompagnons, avec efficience, élégance et pertinence, des innovations robustes, résilientes et régénératives.
Ce que nous proposons tient en une formule : casser les silos, créer des alliances à 360°.
Casser les silos, parce que les murs entre disciplines, entre métiers, entre acteurs ne nous protègent pas — ils nous empêchent de voir ce que nous avons en commun et nous épuisent à défendre des forteresses vides.
Créer des alliances à 360°, parce que le vivant ne fonctionne pas autrement : tout y est lié, tout y coopère, tout s'y soutient.
Les personnes et organisations citées dans la série sont toutes des références sur leur sujet. Nombreux sont déjà des partenaires de CAP2030, parce que nous partageons les mêmes analyses, les mêmes aspirations — contribuer à ce que le Meilleur soit à venir — et les mêmes règles du jeu : humilité, honnêteté, rigueur scientifique, sens du travail et de l'engagement, respect et solidarité.
L'une d'elles m'est non négociable : ne jamais mépriser, ni blesser volontairement, l'Autre. Autrement dit, jouer la balle, pas le joueur. Elle m'a parfois conduit à quitter des projets dont la gouvernance ne la respectait pas. Elle est au cœur de la raison d'être de CAP2030.
C'est avec cette même intention qu'est né le cycle de conférences « Si bato pa rivé, ka nou ka fè ? », que nous portons avec l'Université des Antilles et des partenaires institutionnels, privés et associatifs.

« Ansanm, ansanm nou ka konstwi on Gwadloup ki doubout ! » Ensemble, nous bâtissons une Guadeloupe qui se tient debout !
Couler ou renaître ?
C'est la question et le pourquoi de ce cycle. La série suit une logique progressive.
Elle s'ouvre sur une rencontre un peu inattendue : le blob, organisme sans cerveau qui résout certains problèmes complexes avec une efficacité qui surprend les ingénieurs.
Elle posera ensuite les grandes distinctions qui structurent tout le reste, explorera des méthodes et des pratiques déjà à l'œuvre sur le terrain, et se refermera sur la question qui, en partie, l'a déclenchée.
Après un échange de commentaires sur LinkedIn qui tournait au dialogue de sourds, une seule vraie question restait en suspens. Quels risques fait peser l'intelligence « artificielle » ? À quelles conditions peut-elle être bénéfique au vivant, humains compris ? Après dix-sept briques éclairant les enjeux, la question pourra enfin se poser correctement.
Couler, c'est continuer à faire comme avant — empiler les performances, défendre les silos, prôner la compétition et les bénéfices court-termistes avant tout le reste, dénigrer, voire blâmer, au lieu de dialoguer, et parier que les crises passeront, que les risques s'atténueront, par magie.
Renaître, c'est accepter que le monde ancien ne revienne pas, et choisir d'investir dans ce qui se construit. Pas en grand sauveur — il n'y en a pas.
Agir, chacune et chacun, à son niveau, dans sa vie personnelle et professionnelle, sur son territoire !
Agir, Ensemble, dans la même direction !
Renaître commence souvent par un regard.
On protège rarement ce qu'on n'aime pas, et on aime difficilement ce qu'on n'a jamais rencontré. L'émerveillement n'a rien d'un supplément d'âme : c'est souvent le premier maillon d'une chaîne qui mène à l'attention, puis à l'attachement, puis à l'action.
C'est pourquoi cette série s'ouvre sur une rencontre avant d'avancer des raisonnements.
Le voyage commence maintenant. Première escale : un organisme jaune vif, étrange, sans cerveau ni système nerveux — vieux de plusieurs centaines de millions d'années — et qui a peut-être plus à nous apprendre sur l'avenir que bien des stratégies d'entreprise.

« Face à un monde qui change, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement. » Francis Blanche
Commentez, critiquez, partagez. Sans modération, avec comme seule règle, vous l'aurez compris, de jouer la balle, et non le joueur.
L'objectif est de former un groupe de coéquipiers, solidaires et coopératifs, conscients et créatifs, agiles et pragmatiques.
Frottons nos cerveaux pour, comme le blob, augmenter, Ensemble, nos connaissances, nos compétences et donc nos capacités.
PROCHAINE ESCALE · BRIQUE #01
Et si la première inspiration venait d'un être sans cerveau ?
Toute la série, et vos commentaires : cap2030.com/couler-ou-renaitre
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